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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 02:29
Oiseaux en cage
Published by Gino Gordon
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 12:06
Phnom Penh

Mon deuxième GIF animé :-)

Published by Gino Gordon - dans Voyages
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 11:37
St Joseph - Hanoi

Mon premier GIF animé !

Published by Gino Gordon - dans Voyages
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 12:41

Oh, je ne me suis pas cassé la tête, je me suis dit que la première ligne du clavier devrait bien suffire pour composer ce mot croisé.

Et comme je suis très feignant, il n'était pas question de trouver la même lettre deux fois dans un mot. Une fois ça suffit, non ?

Et puis, franchement, avez-vous vraiment besoin de toutes les définitions ?

H.
1. ?
2. Artère
3. Sélection - Obligation
4. Bonbonne
5. Filet - ?
6. Réforme
7. ? - ? - Nulle
8. Emprunteur - ?

V.
1. Soutien - ?
2. ?
3. ?
4. Vache - ?
5. ? - Grecque
6. Pinnipède
7. ?
8. ?
9. Zone – Grecque

AZERTYUIOP (ou mot croisé de feignant)
Published by Gino Gordon - dans Oulipo
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:17

Tout le monde coule

À Lampedusa,

Moi seul me la coule

Douce à Ibiza.

 

Tout le monde se masse

Aux frontières,

Moi seul me fais masser

Les yeux fermés.

 

Tout le monde se détruit

À l'explosif,

Moi seul me détruis

Au Bloody Mary.

 

Tout le monde s'écroule

Victime de l'orgueil

De ses puissants,

Moi seul m'écroule

Sur le bidet

De la salle de bains.

 

Tout le monde se relève

Car il le faut.

Moi seul, je me lève.

Où suis-je ?

 

Tout le monde espère

Et croit encore

À une vie meilleure.

Moi seul, je crie

Mon désespoir.

 

- Mais où est passé tout le monde ? Aidez moi !

 

(dernière consigne des Impromptus littéraires)

 

Published by Gino Gordon - dans Impromptus
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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 13:46
Maiv Lig est à marier

Maiv Lig s'est levée de fort méchante humeur ce dimanche matin. Sa mère est plus que jamais décidée à vouloir la marier. Les tentatives précédentes se sont soldées par des fiascos. Maiv Lig est sûrement l'une des plus jolies jeunes femmes Hmong de Muong Hum, mais c'est aussi la plus réfractaire au mariage. A dix-sept ans, la perspective d'épouser un vieillard de trente cinq ans, alcoolique et violent comme ses sœurs ne la réjouit guère mais il lui est de plus en plus difficile de refuser les beaux partis qu'on lui présente.

Levée à 3 heures du matin, elle se lave au grand seau de bois dans un coin de la pièce commune, pas très loin de la cuisine et se réchauffe au feu que sa mère a allumé. Elle se cale le ventre avec une bouillie de maïs. Il fait froid et humide. Une brume légère enveloppe la montagne et la pleine lune peine à éclairer la scène. A vendre, il n'y a guère qu'un petit porcelet que porte Maiv Lig et de l'alcool de maïs, le même rượu ngô qui a emporté son père. Dans la hotte, gigote le petit cochon. Il est 6 heures du matin lorsqu'ils arrivent à Muong Hum et le jour se lève sur les rares maisons tubes du villages, constructions incongrues et symboles de réussite sociale pour les rares Kinh installés dans la région. La plupart sont des fonctionnaires dont le conjoint s'est mis à commercer et qui ont fait souche car l'activité de négoce avec les ethnies locales est devenue florissante grâce à l'argent injecté par le gouvernement.

Maiv Lig s'est jurée de ne jamais toucher à l'alcool et elle s'installe loin des escaliers où sa mère et les autres matrones font leur juteux commerce. Elle ne descend pas au marché tous les dimanches, seulement un sur deux, quand l'argent manque. Avant qu'il soit question de mariage, Maiv Lig pouvait passer du temps à papoter avec ses amies, à négocier des rubans ou des bijoux de pacotilles. Maintenant, c'est la même rengaine. Quand le cochon a changé de mains, quand l'alcool a coulé, les séances de présentation commencent. Maiv Lig les connaît tous, jeunes et vieux, riches et pauvres, beaux et laids. Elle ne veut pas de mari. Elle veut être mécano. Elle veut réparer des motos et un jour ouvrir son propre garage. Mais personne ne la laisse toucher les hondas. Une fille, ça se salit les mains avec la terre, pas avec la graisse, ça s'installe derrière son homme, la hotte sur le dos, le bébé calé contre le ventre, ça encaisse les secousses sur les chemins empierrés, ça serre le ventre et les poings, les fesses posées sur vingt centimètres carrés de selle dure.

Ce matin, la mère de Maiv Lig l'a laissée tranquille toute la matinée. Celle-ci a pu se promener sur le marché et discuter avec ses copines. Puis elle est allée au bout de la rue principale, observer les jeunes apprentis qui réparent les motos sous l'œil sévère du patron. Ils la connaissent mais ils n'ont pas le droit de lui parler. Comme à son habitude, elle se tait et elle regarde. Parfois, quand le patron est parti, on lui montre des trucs. On la laisse conduire. Elle apprend avec patience. Ce matin, un garçon qu'elle n'a jamais vu vient récupérer son vélomoteur.

- Il est beau, pense Maiv Lig du vélomoteur.

- Je lui plais , pense le garçon qui en pince pour cette jolie fille dont les longues mèches entourent un visage harmonieux, des yeux de jais, des pommettes légèrement saillantes, un menton légèrement anguleux, des dents blanches et bien rangées.
- Tu me la prêtes, dit Maiv Lig ?

- Je te prête quoi, dit le garçon ?

- Ta Honda neo-future 125cc à injection électronique.

- Je ne peux pas, c'est celle de mon frère. Et puis, tu ne sais pas conduire.

- Bien sûr que je sais conduire. Je sais aussi la réparer quand elle tombe en panne.

Tu te vantes.

- Demande aux garçons.

Les garçons font un signe affirmatif.

- D'accord, je te la prête, à condition…

Maiv Lig a déjà enfourché la Honda. Elle a actionné le démarreur électrique, enclenché la première, mais au lieu de tourner à gauche vers le marché, elle a franchi le pont de bois qui enjambe la rivière, et pris à droite la route de Lao Cai. Ce n'est plus qu'un point sur l'horizon quand le jeune garçon bredouille

- … à condition que tu te maries avec moi.

Nous sommes revenus plusieurs fois à Muong Hum sans revoir Maiv Lig, son beau visage et sa moto. Je la vois bien rouler, les cheveux au vent sur la route de Lao Cai, je la vois bien les mains pleines de cambouis démontant les roues de sa Honda au bord de la route à la nuit tombée, fuyant sa destinée et accomplissant son destin.

Published by Gino Gordon
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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 07:19
La voix du charbonnier

La voix du charbonnier

Hùng est pressé de livrer son chargement. Il a gonflé à bloc son pneu arrière, vérifié l'unique frein, nettoyé et graissé la chaîne et le pédalier qui peuvent se coincer avec les poussières de charbon.

Les recharges sont des cylindres remplis d'un mélange de charbon et d'argile percé de trous. Ainsi l'air traverse facilement le milieu en combustion. Lorsque la recharge est finie, il ne reste plus qu'un bloc d'argile de couleur rose laissé au bord du trottoir que les employés de la voirie viendront récupérer.

Au début de sa tournée, Hùng doit surveiller sa cargaison qui dépasse les cent kilos. Si elle tombe, les recharges friables se briseront et seront invendables. Il aura tout perdu.

Comme chaque jour, Hùng fait la tournée des gargotes du Vieux Quartier. Il sillonne les rues et fournit aux restaurateurs ambulants le précieux combustible, toujours coiffé de son casque de bộ đội. Mais aujourd'hui c'est samedi, et Hùng est très pressé. Il doit avoir tout livré avant seize heures. Puis il doit retourner dans sa minuscule chambre louée à un vieil oncle, se laver, nettoyer ses ongles incrustés de poussière noire, se parfumer, enfiler son pantalon du week-end et sa chemise blanche repassée, mettre ses chaussures pointues à bout carré, puis remonter sur son vélo et se rendre au karaoké où l'attendent ses amies et les amies de ses amies. Lui, le charbonnier qu'on remarque à peine dans le Phố Cổ, va chanter son répertoire de charme. Pendant deux heures, sa voix de ténor incandescente va balayer les mauvaises pensées de chansons d'amours adolescentes, de Anh yêu Em pleins de promesses, traverser l'âme fragile et poreuse de ces femmes délaissées et consumer de son souffle brûlant leur coeur noir et desséché.

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 07:50
Trâu ơi (hé le buffle) !

⎯ Trâu ơi, trâu ơi
Mon buffle, mon buffle
Seras tu toujours là pour veiller sur moi et mes deux sœurs ?
⎯ Mai ơi, Mai ơi,
Non Mai ma petite nièce, je ne serai pas toujours là. Je partirai lorsque j'aurai fini ma tâche, quand je n'aurai plus la force de tirer la charrue dans l'eau boueuse de la rizière. Mais toi, Cháu Mai, toi tu vivras longtemps, plus de cent années. Tu veilleras sur tes sœurs, tes frères et aussi tes parents même longtemps après leur mort, tu veilleras sur la vallée et sur tes amis les buffles.
⎯ Chú Trâu comment peux tu savoir cela ? Personne ne sait ces choses là.
⎯ Les hommes ne savent pas, encore moins les petites filles. Mais les buffles savent.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 09:54

Hanoï, août 2015

 

Quand on arrive dans un pays qu'on ne connaît pas, on est comme devant une porte dont on n'a pas les clés. Le Vietnam ne fait pas exception. La porte vietnamienne est une porte ancienne en bois dur. Elle a été taillée dans la masse. Il y a quelques inscriptions que je ne peux déchiffrer. J'ai voulu l'ouvrir. J'ai cherché les clés pendant de nombreux mois et je ne les ai pas trouvées.

Pendant longtemps, je suis resté devant la porte, obsédé par cette porte. Les gens passaient dans la rue et me souriaient. Ils ne parlaient que le vietnamien et j'étais resté bloqué à la leçon 17 de la méthode Assimil. Un vieux monsieur en pyjama à rayures qui habitait à côté de la porte s'est adressé à moi et je n'ai rien compris. Je lui ai tout de même répondu quelque chose comme "Tôi khong hieu" avec mon meilleur accent français et il ne m'a pas compris et je me suis dit qu'il devait être un peu sourd. Il m'a tendu un siège en plastique bleu ciel, vous savez ces sièges destinés uniquement aux enfants et aux vietnamiens. J'ai dit "Xin cam on" et je lui ai redemandé un deuxième siège et je me suis assis sur les deux sièges. Le vieux monsieur s'est mis à fumer sa pipe à eau et m'en a proposé. J'ai dit non merci. Il m'a offert le thé et j'ai accepté. Le thé était amer dans la bouche mais laissait une impression de douceur quand on l'avait bu. On ne s'est pas dit beaucoup de choses, mais j'étais bien.

Mais le vieux monsieur en pyjama ne m'a pas donné les clés de la porte.

Ben n'est pas avec moi aujourd'hui et je le regrette beaucoup. Ben est une observatrice. Elle s'installe sur une petite chaise en plastique bleu (mais elle n'a pas besoin d'en mettre deux) et elle regarde. Elle sort son Nikon et elle shoote. Ben photographie ce que les autres ne voient pas. Puis elle me montre ses photos et je vois après coup ce que je n'avais pas vu.

Mais Ben n'a pas pour autant trouvé les clés de la porte.

Il fallait dormir quelque part. On a trouvé notre nid d'aigle posé sur les toits de Hanoi. On s'est fait aider par un maître de Feng Shui qui a voulu aussi nous expliquer où installer notre lit pour que ma femme accouche d'un garçon. Mais on lui a dit qu'il était venu trop tard et que nous étions satisfaits de nos trois filles.

Nous avons vu Hanoi au petit matin. Hanoi la nuit, le lac de l'Ouest,  la tour Lotte qui grignottait le ciel petit à petit, un morceau de pont Nhat Tân et puis le pont qui illumine la nuit et après la pluie, le monts de Tam Dao au Nord et de Ba Vi à l'ouest qui ressemblent à des îles dans la brume;

J'ai continué à chercher les clés de la porte, mais sans conviction. Et puis un jour, j'ai eu cette idée de faire quelques pas pour me dégourdir les jambes. J'ai longé le mur avec difficulté, car il y avait plein de vélomoteurs garés sur le trottoir. Je suis entré dans les maisons car les portes étaient ouvertes. J'ai bu du thé, beaucoup de thé et j'ai joué avec les enfants ou regardé la télé avec eux. Il y avait des fleurs et des bouteilles de bière et des bâtons d'encens éteints. D'autres fois, quelqu'un a sorti une bouteille de La Vie et des petits verres et on a bu un coup. Non, on a bu plusieurs coups. J'ai trouvé que l'eau minérale au Vietnam était la meilleure du monde. Plus tard, je suis allé au temple ou bien au Phu, ou bien à la pagode (rappelez moi la différence ?). Il y avait des gens qui mangeaient, d'autres qui nettoyaient leur moto, d'autres encore qui priaient avec un billet entre les mains. Je n'ai pas tout compris, mais partout j'étais le bienvenu.

Comme j'avais du temps libre en tant que Français avec mes 40 jours de vacances par an, je l'ai mis à profit pour mieux connaître le Viêt Nam. Avoir beaucoup de vacances est un grand privilège mais il y a des inconvénients: croyez moi, il est plus difficile de travailler en cachette de sa femme pendant ses vacances que de passer des journées de travail à faire semblant de travailler devant son patron. Comme le buffle tire la charrue et trace le sillon dans la terre, nous avons tracé notre route dans les montagnes du Nord, sur les plateaux du centre, au milieu des iles du delta du Mékong. Partout, les paysages n'existent que par les gens et partout les gens sont dans le paysage. Il nous reste des images et des sentiments. Et des photos.

Maintenant, je dois partir du Vietnam et mon cœur est triste. Je regrette de ne pas être, aujourd'hui, celui qui me remplacera. J'aimerais être à la fois celui qui découvre et celui qui connaît.

Maintenant, après trois ans et des poussières de la rue de Hanoï, j'en sais un peu plus.

Au Vietnam, pas besoin de clé. Ce sont les gens qui vous ouvrent les portes: les paysannes sous leur chapeau conique, les vendeuses de Bo Bia à vélo, les magiciens du pho bo ou du bun cha nem cua bê, les artistes du chè, les pêcheurs de carpes du Lac de l'Ouest, ceux qu'ils martèlent les gongs, cuisent les céramiques ou sèchent les bâtons d'encens, les instituteurs dans les montagnes, les policiers de la route dans leur petite voiture ridicule, les chercheurs dans les karaokés, et amis et collègues... Au Vietnam, il faut s'asseoir, il faut partager, il faut rire, il faut chanter, il faut accepter l'inconfort, il faut aimer le bruit, la couleur, le mouvement, la poésie, les fleurs dans les champs, les arbres enracinés dans les pagodes ou circulant sur des motos, il faut savoir parler des saisons pendant des heures, il faut aimer ses parents, ses ancêtres, sa patrie et bien entendu ses amis sur facebook.

Il faut être fier de ses enfants, avoir foi en leur avenir. Et surtout, il faut s'aimer soi par dessus tout pour être capable de tant donner aux autres.

 

Merci chers amis et collègues de m'avoir accepté comme je suis, de m'avoir ouvert votre porte. J'ai beaucoup appris à votre contact mais si j'étais resté, j'aurai encore eu beaucoup beaucoup de travail avant de devenir vietnamien. Je vais donc prendre des vacances au Cambodge.

Published by Gino Gordon
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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 15:15
Les oiseaux chanteurs

Dans le brouhaha de Hanoï, au milieu des klaxons et des vélomoteurs qui pétaradent, on voit parfois des groupes d'hommes silencieux, abimés dans une sorte de rêverie. Ils ont tous le même regard à la fois absent et attentif, empreint de mélancolie. On pourrait les croire victimes d'un envoûtement collectif, tant leur expression est invariablement la même, la tête légèrement inclinée, la mine grave, les mains croisées et inutiles, les épaules tombantes dans une attitude de soumission, presque de renoncement. Pour nous qui ne faisons que passer, il n'y a que les verres sur les tables, le soleil lumineux du printemps qui éclaire les cages en osier suspendues au dessus des têtes et cette incroyable immobilité. Mais si l'on s'attarde, alors on voit les beaux oiseaux jaunes ou ocre qui sautent de perchoir en perchoir comme font tous les oiseaux prisonniers. Si l'on tend l'oreille, on entendra alors leur chant, l'objet de toute cette attention collective, une bouillie de sons plusieurs tons au dessus du bruit de fond ambiant qu'on aura confondu avec les crissements de pneus et le gazouillis des vendeurs de rue. Si on s'approche un peu plus, on comprendra pourquoi il faut tant de concentration et d'abandon pour entendre le chant de tel oiseau, celui qui surpasse tous les autres par la pureté de son timbre, par le vibrato de ses trilles au milieu du roulement sourd des taxis sur le bitume chaud, des klaxons et des vélomoteurs qui pétaradent, au milieu des autres chants d'oiseaux, tous identiques et tous différents. En s'approchant encore, la tête inclinée et les yeux dans le vague, le plus fou et le plus sensible d'entre nous frissonnera au rythme des roulades, et nous n'aurons d'autre choix que de l'abandonner là et de poursuivre notre route.

Published by Gino Gordon - dans Ecritude
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