Voilà, c'est réglé, je pars le 9 novembre au sud du Sahara. J'ignore si cette proximité réelle du désert m'apportera l'inspiration qui me fait défaut en ce moment.
J'ai retrouvé les traces d'Harmonium. Emotion intacte (surtout "En pleine face")
http://www.deezer.com/music/harmonium/les-cinq-saisons-259495?provider=website
Vous faites comme vous voulez, mais moi je l'ai mis en boucle...
Ils nous compliquent la tâche (non, pas l'attache, Clau) chez les Impromptus, rogntudju. Ca vous inspire, vous, ce bac de noeuds ?
— Excellent acquisition cette paire de chaussettes vous avez vu c'est de très bonne qualité en fil d'Ecosse et au prix où c'est vous auriez eu tort de vous en priver je les recommande à tout le
monde mais qu'est-ce que c'est que çaaaa!
La caissière essoufflée désigne le linge torsadé et tout mouillé que j'ai posé sur le tapis roulant.
Ca, à vrai dire, je ne sais pas ce que c'est, mais ça m'a plu. L'idée de vendre du linge mouillé dans un hypèregéant, j'ai trouvé ça génial.
— Ca mouille mon tapiiis.
— Désolé. J'ai pas trouvé de poche en plastique.
— Et vous l'avez trouvé oouùù ?
Elle me regarde de travers comme si j'étais un horrible pervers.
Je ne dis rien. J'observe la chose (ça ressemble aux serviettes chaudes que les hôtesses de l'air asiatiques t'obligent – avec un sourire sadique – à te coller sur la figure à 11000 mètres
d'altitude. Sauf que c'est froid).
— On vend ça noouuus?
— J'opine.
— Vous ne savez pas s'il y avait une étiquette ou quooii?
— Je fais non de la tête.
— On va appeler Cathy, heiinn.
Elle appuie sur un bouton et Cathy arrive sur ses patins à roulettes. Je l'ai déjà croisée dans le magasin. Je trouve ça un peu infantile de faire ses courses en roller. Quand je lui ai dit, elle
m'a répondu "et vous vous croyez que je ne vous ai pas vu faire la course en caddy avec votre copain le barbu ?".
Bref, Cathy arrive et me jette un sale regard. On ne faisait pas exactement la course. On voulait juste vérifier la qualité des roulements à bille.
— Monsieur a eu un accident de caddy ?
— Non c'est pour un prix.
La caissière lui tend l'objet pendouillant et dégouttant du bout des doigts (on dirait de grandes chaussettes de sport, mais c'est pas des chaussettes de sport)
— Pas de code barre ?
— Pas de code baaarre.
— C'est un monde, ça. Et ça vient d'où ?
Deux regards convergent vers moi. Un feu nourri de DCA ne m'aurait pas fait plus d'effet.
— Je l'ai pris dans le bac de nœud.
— Le bac de nœud ?
— En tête de gondole, au rayon blanc.
— Tu connaissais ça, Cathy, le bac de nœuuud ?
— En deux ans de patins à roulettes, 70 km de rayons par jour, jamais vu un truc pareil. Monsieur est en train de se moquer de nous.
— Allez voir vous-même ?
Elle part à fond la caisse. Cathy, c'est une pro du démarrage. Elle doit les user, ses patins. Pendant ce temps là, Melinda (c'est écrit sur son badge) sort une petite pancarte. Caisse fermée.
— Vous fermez ?
— Tapis mouillé. On attend que ça sèche.
— Ah… tapis mouillé.
Cathy arrive de nulle part, la mine déconfite.
— Pas de doute. Il y a bien un bac de nœud. Mais ça vient pas de chez nous. Vous ne pouvez pas acheter ça.
— Ah…
Refus de vente.
Du haut de mes trois premières années de droit, je brandis la menace de sanctions pénales. J'imagine la cour d'Assises en émoi et le juge en robe clamant : "faites mander le nœud du bac"(*).
Melinda empoigne son téléphone.
— Sécurité en caisse 8.
Ca résonne dans le magasin. Des types arrivent avec des écouteurs dans les oreilles et un chien de berger allemand, lui aussi, je crois, avec des écouteurs.
— Veuillez me suivre s'il vous plaît.
Ah ça y est, nous y sommes, faute d'argument il ne reste que la brutalité policière. Je paye ma paire de chaussette et laisse mon linge humide (et si c'était une couche-culotte à l'ancienne ?). Je
suis le chien en disant:
— Au revoir Cathy, au revoir Melinda.
Il ne m'ont pas gardé longtemps, heureusement.
Beaucoup plus tard, de nombreuses années après cet épisode, j'ai rencontré Cathy en ville. Elle semblait beaucoup plus petite (c'est fou ce que ça vous grandit, les patins).
Elle m'a reconnu tout de suite. On a échangé quelques banalités, mais on brûlait chacun de poser une question à l'autre. C'est pas facile de parler de ces choses-là après toutes ces années de chape
de plomb lourde comme un serpillière humide sur nos consciences de consommateurs. Elle se lança la première.
— Comment vous avez fait?
— Comment j'ai fait ?
— On m'a dit que vous étiez capable, départ lancé, de faire cinquante mètres en roue libre sur un caddy plein sans toucher les rayonnages.
— On avait une burette d'huile dans la poche. On graissait les roues. Et on équilibrait le caddy…
Son visage s'éclaira. Ma réponse la satisfaisait. Je tentai:
— Et le bac de nœud? Il venait d'où le bac de noeuds ?
Elle me regarda bizarrement comme si j'étais demeuré.
— Le bac de nœud ?
— Vous vous souvenez de ce grand bac en tête de gondole avec du linge humide torsadé ?
— Ah ... le bac de nœud. Euh, je sais pas. On l'a gardé pendant une semaine et comme personne n'est venu le réclamer, on a tout foutu à la poubelle.
(*) Il fallait bien que quelqu'un la fasse…
Publié dans : Impromptus
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Dimanche 20 septembre 2009
Discret retour
littéraire, parce que je n'ai pas pu m'en empêcher...
— "Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient…", caressaient… Dis donc, ça caresse quoi des ongles effilés ?
— C'est pas les ongles qui sont effilés, c'est les doigts. Les ongles, ils sont soignés, pas comme les tiens.
— Alors, ça caresse quoi ?
— Un petit bouton.
— Un petit mouton ?
— Non, un bou-ton. Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient le bouton de… Madeleine.
— Tu trouves que c'est une bonne idée, un bouton ? Moi je trouve ça bizarre.
— "Caresse moi un bouton, caresse moi un bouton". Ca sonne bien non ?
— Mouais. Et le bas de laine ?
— Le bas de laine ?
— Le bas de laine de mouton.
— Le bouton de Madeleine.
— C'est pas pareil ?
— Non… Encore que…
— T'as une autre idée ?
— "Ses doigts aux ongles soignés caressaient le bas de laine effilé de la belle endormie".
— Comme dans la belle au bois dormant ? C'est beau.
— Superbe.
— Tu préfères quoi, toi, les bas ou le mouton ?
— Le bouton, pas le mouton.
— Le bouton. Tu préfères le bouton alors ?
— Ca dépend. Le bas c'est au début. Il ne se passe presque rien, juste un frôlement de l'ongle sur la maille. L'ongle doit être soigné, sinon la moindre aspérité lui fait accrocher le bas, et
alors...
— Et alors ?
— Disons que ça part mal.
— Et le bouton ?
— Le bouton, c'est délicat. Parfois on peut. Parfois on peut pas. Et si on le caresse au mauvais moment, c'est là que le bât blesse.
— …
— OK. Je retire le bât.
— …
— Bon, je crois que c'est la dernière fois que je t'aide à faire ta rédac.
— Pff, de toute façon, les grandes sœurs, ça dit n'importe quoi.
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