Gino Gordon ...

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Les pieds dans la boue, la tête dans les nuages

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Dimanche 21 septembre 2014 7 21 /09 /Sep /2014 11:50

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Quand la porte de la remise a violemment claqué, Laura se dit qu'elle allait devoir attendre le retour de Luis pour qu'on la sorte de là. Il était parti chercher des cigarettes. On était dimanche soir et comme l'unique débit de tabac ouvert était au bout de la ville, Luis ne serait pas de retour avant trente bonnes minutes.
La remise de Pépé, c'était son jardin secret jusqu'à sa mort, il y a dix ans. Mémé n'avait pas le droit d'y mettre les pieds et de temps en temps quand Pépé était bien luné, on avait le droit de l'accompagner quand il allait chercher un outil de jardin ou une bouteille de vin. C'était une cabane en dur construite au fond du jardin à l'orée du bois, faite de parpaings grossièrement assemblés et recouverte de tôles en fibrociment. Poussière et les toiles d'araignées s'y étaient accumulées après sa mort, et tant que Mémé veillait sur la maison et la mémoire de son défunt mari, il n'était venu l'idée à personne d'y pénétrer. Mais depuis le départ de Mémé en maison de retraite, Laura s'était aventurée quelques fois dans le sanctuaire, par pure curiosité d'abord, puis dans l'espoir d'y dénicher quelque objet rare ou particulièrement symbolique d'une époque révolue.

Dans les premières minutes, Laura s'était acharnée sur la serrure. Le penne était engagé et aucune action sur la poignée ni la serrure ne pouvait le faire bouger. Le jour baissait. Laura n'avait ni montre ni téléphone avec elle, de sorte qu'il lui était impossible de mesurer le temps qui passait. Elle fit jouer l'interrupteur et l'ampoule émit un éclair bref et un petit claquement. Dépitée, elle s'installa sur un vieux tabouret et fit un peu de ménage sur l'établi encombré pour y poser les coudes. Elle n'avait plus qu'à attendre.
Elle s'endormit.

Lorsqu'elle se réveilla, il faisait nuit. Pas de lune, pas de rai de lumière provenant de la maison ou de la rue. Elle n'avait pas la moindre idée du temps qui s'était écoulé, mais elle était sûre d'une chose: Luis n'était pas rentré et ce n'était pas normal. Elle avait froid et faim. Elle n'osait bouger de son tabouret. Laura essaya de faire mentalement la liste des quantités d'objets accumulés en ce lieu et de leur emplacement, de vieux outils comme des marteaux ou des haches sans manche achetés au kilo, des scies égoïnes tachetées de rouille, de gros clous de forgeron qu'on plante dans les murs, une balance romaine, des centaines de boites de vis, de rivets et de clous de toutes les matières, des charnières, des équerres, des boulons tout rouillés, des serrures, des boites entières de clés, des crochets de boucher, une collection de trusquins de menuisier ou de boisselier, des planches posées verticalement, des étagères lourdement chargées de pots de peinture, de diluants et d'essence de térébenthine, des caisses de revues, des livres à moitié mangés, des pots de fleur en terre et en plastique empilés, des assiettes ébréchées, des cadres enveloppés dans une feuille de papier kraft celant des aquarelles peintes par de célèbres inconnus, des coupures de journaux, des bouteilles aux formes originales remplies d'improbables liquides visqueux, de vieux jouets cassés, une miniature de DC3 à laquelle il manque une aile, une Triumph rouge au 1/43ème, des jeux de société, des câbles électriques, des dominos, des prises de courant en porcelaine, des transformateurs, des robinets en laiton, des colliers en inox, des raccords 20/27 mâle-femelle, un tuyau d'arrosage enroulé autour d'une jante d'auto, un mini-vélo pliable, un vélo de course sans selle, un cadre de mobylette, un moteur de Vespa, une baladeuse, un panneau STOP et un autre de sens interdit, un troisième panneau déviation accroché au mur à l'envers…
Laura imaginait tous ces objets mais n'en voyait aucun. L'obscurité était telle qu'elle n'avait aucune perception de son propre corps. Elle se leva doucement et sentit ses membres engourdis se réveiller. Elle fit un pas en avant et enchaîna sur une rotation autour d'elle même. La chape de ciment était couverte d'une mince couche d'un mélange de sable et de poussière qui crissait sous la semelle lisse de ses escarpins. Laura était maintenant debout et en changeant de position, il lui semblait  qu'elle avait changé de regard sur son environnement. Ce n'était plus les objets, mais les gens qu'elle passait en revue. Elle pensa à Luis et il lui vint naturellement à l'esprit qu'il avait choisi ce jour et cette heure précise pour la quitter. Peut-être était-il au volant d'une Triumph rouge  décapotable riant aux éclats du mauvais tour qu'il lui jouait, avec à ses côtés une jolie blonde au teint clair portant foulard et rouge à lèvre. Ou bien était-il dans la maison voisine l'appelant à son secours d'une voix faible, allongé sur le carrelage de la cuisine, terrassé par un accident vasculaire cérébral ? Mémé avait encore fait une fugue et quitté la maison de retraite. Elle était en ce moment même en peignoir et charentaises en route pour retrouver la maison qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Mais comme elle en avait oublié le chemin, elle marchait sur le port vers la jetée, attirée par les battements de cœur du phare. Et par dessus tout, Laura pensait à Pépé qui bricolait sur son minuscule établi, penché sur une chasse d'eau cassée qu'il tentait de réparer.
Laura fit un nouveau pas en avant et de sa nouvelle position, elle vit une faible lueur, un reflet à peine perceptible dans la nuit. Elle tendit la main et sentit le contact poisseux d'une toile d'araignée. En retirant sa main et elle toucha l'objet froid et faiblement lumineux qui avait attiré son attention. La bouteille roula et se fracassa sur le sol. Laura sentit l'impact d'un morceau de verre sur ses jambes nues et le picotement sur ses chevilles. Elle voulut reculer d'un pas mais se tordit la cheville et perdit l'équilibre. Sa main gauche s'agrippa au premier objet venu, un objet coupant, un outil de jardin peut-être, qui lui entailla la main. A tâtons, elle chercha le tabouret et ne le retrouva pas. En assurant son pas, elle marcha vers ce qui lui semblait être la porte et y parvint. Le sang coulait doucement sur son bras. Elle imaginait sa petite robe blanche maculée de rouge. Elle passa sa main valide sur sa plaie et sentit le mélange de sang épaissi et de soie humide et crasseuse.

Elle poussa un grand cri rageur pour se dégager de la toile qui envahissait sa vie.

Il y eut un bruit dehors. Une vive lumière pénétra dans la remise par l'unique fenêtre. La porte s'ouvrit. Laura, aveuglée, ferma les yeux et tendit sa main valide à Luis qui la serra.

 

 


Pour les impromptus littéraires.

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Dimanche 14 septembre 2014 7 14 /09 /Sep /2014 03:42

⎯ Tu viens dans ma maison ?
La Juliette, elle est géniale, je l'adore mais elle est un peu … Non, je ne dirais pas qu'elle n'a pas toute sa tête, c'est pas ça. La Juliette, elle vit dans un autre monde. Elle s'imagine des choses. Ça fait des semaines qu'elle me parle de sa maison et ce qu'elle me raconte de sa maison, et bien, ça se peut pas.
Ma maison à moi, elle est toute petite. J'y vais seulement pour dormir. Elle est confortable mais c'est pas une maison pour vivre à deux. Non, jamais je proposerai à Juliette de venir chez moi.
La maison de Juliette, malgré tout ce qu'elle raconte, elle n'a rien d'exceptionnel. Je le vois bien, elle est encore plus petite que la mienne, alors ça se peut pas.

On se voit toujours à l'extérieur, surtout quand il pleut. On fait des longues ballades sans rien se dire. C'est assez romantique. Mais la balade se termine toujours par:
⎯ Tu viens dans ma maison ?
Juliette, puisque je te dis que ça se peut pas. Arrête de dire des bêtises.
Parfois elle m'énerve un peu, mais ça ne se voit pas. Je suis plutôt du genre calme.

Aujourd'hui encore.
⎯ Tu viens dans ma maison ?
⎯ D'accord, je viens, mais je t'ai prévenu.
⎯ Eh mais t'es malade ? Ça se peut pas !
⎯ Je te l'avais dit.
⎯ Pas cette maison là ! L'autre. Viens.
Je lui emboite le pas et la suis jusqu'au fond du jardin.

Et là, sous une feuille de rhubarbe, je découvre une jolie maison rose en plastique. On est entré. On s'est collés l'un à l'autre, coquille contre coquille et on y est resté plusieurs mois parce que l'été arrivait.

 

 

Pour les impromptus littéraires.

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Lundi 1 septembre 2014 1 01 /09 /Sep /2014 12:18

Il était une fois une pédicure insomniaque qui passait ses nuits à arroser son rosier nain et ses matinées à s'endormir sur les pieds de ses patients. L'une de ses clientes, une bonzesse mongole, lui offrit une pipe à opium en lui promettant que ses nuits seraient beaucoup plus douces. Effectivement, la pédicure insomniaque s'endormit tous les soirs comme un bébé et se leva fraîche et dispose. Elle retrouva sa clientèle mais le rosier nain dessécha faute d'être arrosé. Au cours d'une cérémonie discrète, la pédicure le fit brûler dans sa cheminée devant la mongole satisfaite d'avoir apporté paix et sérénité à cette âme troublée.

Moralités: il y en a deux (au choix, c'est comme on le sent).
1. Mieux vaut une pipe le soir qu'une bonzesse à ses pieds le matin
2. La mongole fière épie l'âtre du rosier

 

(Consigne des impromptus littéraires : imaginez une histoire, une aventure, une anecdote où interviennent une pipe à opium, un rosier nain, un insomniaque et une pédicure)

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Samedi 12 juillet 2014 6 12 /07 /Juil /2014 15:00

— Ecoutez, ça commence avec les présentations mutuelles, un simple échange de prénom au milieu du brouhaha ambiant, suivi d'une poignée de mains formelle et déjà vous êtes complètement sous le charme de ce nez légèrement retroussé, de ces lèvres recouvertes d'un fine couche de peinture rouge vif et dont vous suivez le mouvement en hypnose partielle. L'angoisse ne vient pas tout de suite car vous avez du métier, vous savez donner la réplique comme ces joueurs d'échecs professionnels qui enchaînent les coups mécaniquement en début de partie.  Pendant qu'elle parle, il est habituel qu'un plateau garni de trucs à manger circule à grande vitesse à proximité de vous et c'est là que vous stoppez net le serveur d'un coup sur la carotide. Avant qu'il ne s'évanouisse, vous avez eu la présence d'esprit d'attraper la dernière minuscule tartine recouverte d'une fine pellicule d'houmous et de l'offrir à cette jolie femme un peu ronde qui éclate de rire parce qu'elle vous a trouvé touchant, alors forcément vous restez un peu et c'est ce qui va causer votre perte. Plus une seule de ces petites saucisses emmaillotées dans de la pâte feuilletée, aucune flute de champagne tiédasse ne pourra vous sauver du naufrage annoncé. Vous n'avez plus d'autre solution que de lui couper la parole et de lui parler de votre enfance malheureuse de petit garçon énurétique et vous voyez de minuscules larmes qui perlent au coin de ses yeux en écho au grosses gouttes de sueur qui dégoulinent dans votre cou. Le bruit de fond a un peu augmenté et vous continuez à monopoliser la parole, à dire tout ce qui vous passe par la tête et d'un seul coup, lorsque vous sentez que le moment est venu pour elle de vous répondre sur le même mode et  de vous dire des choses qu'elle n'a jamais dites à un parfait inconnu, vous la plantez là, vous quittez la réception offerte par le Conseil Général et vous vous réfugiez dans votre Clio mal garée. Voilà.
— …
— Pardon, vous pouvez parler un peu plus fort ?
— Je dis: vous êtes rentré chez vous après ?
— Oui, direct.
— Vous l'avez revue ?
— Non. A quoi bon? C'est le scénario habituel. Elle m'aura pris pour un débile.
— Mais pourquoi ce comportement ? Vous le faites exprès ?
— Ca se passe toujours comme ça lorsque j'ai oublié mon sonotone à la maison.

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Dimanche 6 juillet 2014 7 06 /07 /Juil /2014 04:20

Ecrit en cinq mois,

Lu, relu et corrigé pendant deux ans,

"Ca fait deux jours" sort chez l'Harmattan.

 

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Publié dans : La vie dans le désert
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Lundi 10 mars 2014 1 10 /03 /Mars /2014 12:39

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Je pense à cet énorme pamplemousse qu'on trouve sur les marchés, parfois de la taille d'un ballon de football. On l'épluche avec un couteau, pas avec les mains, la lame vers l'extérieur. Il faut retirer cette couche d'épiderme blanc et caoutchouteux qui recouvre l'agrume. Pas une fine couche, comme celle des citrons verts, pas non plus une peau souple qui se laisse déshabiller sous l'ongle comme celle des oranges du Maroc. La peau du pamplemousse est une gangue coriace, épaisse de plusieurs centimètres. Il faut du temps et du savoir faire pour la découper, pour dégager un à un les quartiers en forme de demi-lune, pour les débarrasser de leur peau et faire apparaître la pulpe intacte, cet agglomérat de minuscules larmes remplies de jus.

Je l'ai fait une seule fois, et depuis, je n'achète plus que des barquettes de ces délicieuses demi-lunes, sucrées, juteuses et sans acidité.
Le pamplemousse c'est la métaphore du Viêt Nam. Un pays où tout ce qui vit, tout ce qui pousse, tout ce qui est produit cache un travail long, répétitif, ingrat et fastidieux.

Du Viêt Nam, on peut manger les fruits en faisant fi de toute cette énergie dépensée.

On peut.

Comme on peut ne pas parler le vietnamien, ou se réveiller le matin trois heures après son voisin.

Publié dans : Journal de bord
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Mardi 5 novembre 2013 2 05 /11 /Nov /2013 17:16

Dragon-copie-1.jpg

Publié dans : Leçons de Vie
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Dimanche 27 octobre 2013 7 27 /10 /Oct /2013 06:45

Quand la nuit tombe je m'éveille
Dans les ruelles dans les bordels
Au bord du fleuve dans les venelles
Partout la musique m'emmêle

Mon idée fixe et ma passion
Mon truc à moi c'est les talons
La robe noire les lèvres peintes
Les bras d'un homme et son empreinte

Aux premières notes je frissonne
Aux premiers pas je m'abandonne
Du bout des lèvres du bout du pied
Je sais que frôler n'est pas jouer

Mon idée fixe mon obsession
Mon travers mon pêché mignon
C'est l'appui ferme d'une épaule
Une main qui sait jouer son rôle

La nuit s'avance accoutumance
Moitié désir moitié démence
Je suis au sommet de mon art
Et tiens tête à tous les regards

Mon idée fixe mon addiction
Mon toc à moi ma partition
C'est de jouer le parfait accord
De vibrer encore et encore

Chignon défait regard mouillé
Je voudrais mourir à l'aurore
Dans les bras d'un beau tanguero


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Vendredi 25 octobre 2013 5 25 /10 /Oct /2013 20:34

 


 
Publié dans : Leçons de Vie
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Jeudi 12 septembre 2013 4 12 /09 /Sep /2013 02:45

Soigner son apparence

 

Appareil-dentaire.jpg

Publié dans : Leçons de Vie
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