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Les Pieds Dans La Boue, La Tête Dans Les Nuages

  • Gino Gordon
  • Chercheur, voyageur, écrivain sur le tard...
  • Chercheur, voyageur, écrivain sur le tard...

Gino Gordon ...

... le blogueur qui prêche dans le désert

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 07:34

Minh prit la direction du Fleuve Rouge et le traversa sur le pont Long Biên. Elle ne pouvait pas imaginer traverser le fleuve autrement que sur ce pont. Relique de la colonisation française, bombardé par les Américains, il fut longtemps l'unique pont sur le Fleuve Rouge. On le traverse à pied, à vélo où à moto ou bien sûr en train. C'est le lieu le plus romantique de Hanoï, celui où Minh se fit photographier en robe de mariée avec son futur époux cinq ans plus tôt. Ce jour là, elle s'était levée très tôt, car elle voulait fixer cette lumière pâle de l'aube dans la brume de Hanoï puis juste au moment où le soleil se lève, cette couleur révélée comme sur un papier Kodak au sortir du bain et qui rend la robe plus blanche et la mariée plus belle. La scène se déroulait sur le tablier central, celui qui supporte la voie de chemin de fer proprement dite. Minh et les autres mariées prenaient des poses, un bouquet de fleur à la main au milieu des poutrelles métalliques, des lignes droites et des rivets rouillés. Elle était arrivée en xe ôm, lui à vélo. Ils étaient repartis vers la rive droite, elle assise en amazone sur le porte-bagage. Elle ne regrettait pas cette époque. Au contraire, le meilleur moment du mariage, c'était cette courte période qui l'avait précédé où l'on se déguisait et où l'on jouait au marié et à la mariée, sans avoir la moindre idée de ce qui allait se passer après.

Published by Gino Gordon - dans Leçons de Vie
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 00:17
Plus de buffles
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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 07:42
La torpeur du buffle
Published by Gino Gordon
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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 02:29
Oiseaux en cage
Published by Gino Gordon
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 12:06
Phnom Penh

Mon deuxième GIF animé :-)

Published by Gino Gordon - dans Voyages
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 11:37
St Joseph - Hanoi

Mon premier GIF animé !

Published by Gino Gordon - dans Voyages
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 12:41

Oh, je ne me suis pas cassé la tête, je me suis dit que la première ligne du clavier devrait bien suffire pour composer ce mot croisé.

Et comme je suis très feignant, il n'était pas question de trouver la même lettre deux fois dans un mot. Une fois ça suffit, non ?

Et puis, franchement, avez-vous vraiment besoin de toutes les définitions ?

H.
1. ?
2. Artère
3. Sélection - Obligation
4. Bonbonne
5. Filet - ?
6. Réforme
7. ? - ? - Nulle
8. Emprunteur - ?

V.
1. Soutien - ?
2. ?
3. ?
4. Vache - ?
5. ? - Grecque
6. Pinnipède
7. ?
8. ?
9. Zone – Grecque

AZERTYUIOP (ou mot croisé de feignant)
Published by Gino Gordon - dans Oulipo
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:17

Tout le monde coule

À Lampedusa,

Moi seul me la coule

Douce à Ibiza.

 

Tout le monde se masse

Aux frontières,

Moi seul me fais masser

Les yeux fermés.

 

Tout le monde se détruit

À l'explosif,

Moi seul me détruis

Au Bloody Mary.

 

Tout le monde s'écroule

Victime de l'orgueil

De ses puissants,

Moi seul m'écroule

Sur le bidet

De la salle de bains.

 

Tout le monde se relève

Car il le faut.

Moi seul, je me lève.

Où suis-je ?

 

Tout le monde espère

Et croit encore

À une vie meilleure.

Moi seul, je crie

Mon désespoir.

 

- Mais où est passé tout le monde ? Aidez moi !

 

(dernière consigne des Impromptus littéraires)

 

Published by Gino Gordon - dans Impromptus
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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 13:46
Maiv Lig est à marier

Maiv Lig s'est levée de fort méchante humeur ce dimanche matin. Sa mère est plus que jamais décidée à vouloir la marier. Les tentatives précédentes se sont soldées par des fiascos. Maiv Lig est sûrement l'une des plus jolies jeunes femmes Hmong de Muong Hum, mais c'est aussi la plus réfractaire au mariage. A dix-sept ans, la perspective d'épouser un vieillard de trente cinq ans, alcoolique et violent comme ses sœurs ne la réjouit guère mais il lui est de plus en plus difficile de refuser les beaux partis qu'on lui présente.

Levée à 3 heures du matin, elle se lave au grand seau de bois dans un coin de la pièce commune, pas très loin de la cuisine et se réchauffe au feu que sa mère a allumé. Elle se cale le ventre avec une bouillie de maïs. Il fait froid et humide. Une brume légère enveloppe la montagne et la pleine lune peine à éclairer la scène. A vendre, il n'y a guère qu'un petit porcelet que porte Maiv Lig et de l'alcool de maïs, le même rượu ngô qui a emporté son père. Dans la hotte, gigote le petit cochon. Il est 6 heures du matin lorsqu'ils arrivent à Muong Hum et le jour se lève sur les rares maisons tubes du villages, constructions incongrues et symboles de réussite sociale pour les rares Kinh installés dans la région. La plupart sont des fonctionnaires dont le conjoint s'est mis à commercer et qui ont fait souche car l'activité de négoce avec les ethnies locales est devenue florissante grâce à l'argent injecté par le gouvernement.

Maiv Lig s'est jurée de ne jamais toucher à l'alcool et elle s'installe loin des escaliers où sa mère et les autres matrones font leur juteux commerce. Elle ne descend pas au marché tous les dimanches, seulement un sur deux, quand l'argent manque. Avant qu'il soit question de mariage, Maiv Lig pouvait passer du temps à papoter avec ses amies, à négocier des rubans ou des bijoux de pacotilles. Maintenant, c'est la même rengaine. Quand le cochon a changé de mains, quand l'alcool a coulé, les séances de présentation commencent. Maiv Lig les connaît tous, jeunes et vieux, riches et pauvres, beaux et laids. Elle ne veut pas de mari. Elle veut être mécano. Elle veut réparer des motos et un jour ouvrir son propre garage. Mais personne ne la laisse toucher les hondas. Une fille, ça se salit les mains avec la terre, pas avec la graisse, ça s'installe derrière son homme, la hotte sur le dos, le bébé calé contre le ventre, ça encaisse les secousses sur les chemins empierrés, ça serre le ventre et les poings, les fesses posées sur vingt centimètres carrés de selle dure.

Ce matin, la mère de Maiv Lig l'a laissée tranquille toute la matinée. Celle-ci a pu se promener sur le marché et discuter avec ses copines. Puis elle est allée au bout de la rue principale, observer les jeunes apprentis qui réparent les motos sous l'œil sévère du patron. Ils la connaissent mais ils n'ont pas le droit de lui parler. Comme à son habitude, elle se tait et elle regarde. Parfois, quand le patron est parti, on lui montre des trucs. On la laisse conduire. Elle apprend avec patience. Ce matin, un garçon qu'elle n'a jamais vu vient récupérer son vélomoteur.

- Il est beau, pense Maiv Lig du vélomoteur.

- Je lui plais , pense le garçon qui en pince pour cette jolie fille dont les longues mèches entourent un visage harmonieux, des yeux de jais, des pommettes légèrement saillantes, un menton légèrement anguleux, des dents blanches et bien rangées.
- Tu me la prêtes, dit Maiv Lig ?

- Je te prête quoi, dit le garçon ?

- Ta Honda neo-future 125cc à injection électronique.

- Je ne peux pas, c'est celle de mon frère. Et puis, tu ne sais pas conduire.

- Bien sûr que je sais conduire. Je sais aussi la réparer quand elle tombe en panne.

Tu te vantes.

- Demande aux garçons.

Les garçons font un signe affirmatif.

- D'accord, je te la prête, à condition…

Maiv Lig a déjà enfourché la Honda. Elle a actionné le démarreur électrique, enclenché la première, mais au lieu de tourner à gauche vers le marché, elle a franchi le pont de bois qui enjambe la rivière, et pris à droite la route de Lao Cai. Ce n'est plus qu'un point sur l'horizon quand le jeune garçon bredouille

- … à condition que tu te maries avec moi.

Nous sommes revenus plusieurs fois à Muong Hum sans revoir Maiv Lig, son beau visage et sa moto. Je la vois bien rouler, les cheveux au vent sur la route de Lao Cai, je la vois bien les mains pleines de cambouis démontant les roues de sa Honda au bord de la route à la nuit tombée, fuyant sa destinée et accomplissant son destin.

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 07:19
La voix du charbonnier

La voix du charbonnier

Hùng est pressé de livrer son chargement. Il a gonflé à bloc son pneu arrière, vérifié l'unique frein, nettoyé et graissé la chaîne et le pédalier qui peuvent se coincer avec les poussières de charbon.

Les recharges sont des cylindres remplis d'un mélange de charbon et d'argile percé de trous. Ainsi l'air traverse facilement le milieu en combustion. Lorsque la recharge est finie, il ne reste plus qu'un bloc d'argile de couleur rose laissé au bord du trottoir que les employés de la voirie viendront récupérer.

Au début de sa tournée, Hùng doit surveiller sa cargaison qui dépasse les cent kilos. Si elle tombe, les recharges friables se briseront et seront invendables. Il aura tout perdu.

Comme chaque jour, Hùng fait la tournée des gargotes du Vieux Quartier. Il sillonne les rues et fournit aux restaurateurs ambulants le précieux combustible, toujours coiffé de son casque de bộ đội. Mais aujourd'hui c'est samedi, et Hùng est très pressé. Il doit avoir tout livré avant seize heures. Puis il doit retourner dans sa minuscule chambre louée à un vieil oncle, se laver, nettoyer ses ongles incrustés de poussière noire, se parfumer, enfiler son pantalon du week-end et sa chemise blanche repassée, mettre ses chaussures pointues à bout carré, puis remonter sur son vélo et se rendre au karaoké où l'attendent ses amies et les amies de ses amies. Lui, le charbonnier qu'on remarque à peine dans le Phố Cổ, va chanter son répertoire de charme. Pendant deux heures, sa voix de ténor incandescente va balayer les mauvaises pensées de chansons d'amours adolescentes, de Anh yêu Em pleins de promesses, traverser l'âme fragile et poreuse de ces femmes délaissées et consumer de son souffle brûlant leur coeur noir et desséché.

Published by Gino Gordon
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