Gino Gordon ...

... le blogueur qui prêche dans le désert

A midi, en plein soleil

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Vendredi 6 novembre 2009

Initialement, c'est à dire ce matin, j'avais décidé de ne plus rien écrire avant mon voyage imminent et de me consacrer exclusivement à la sculpture, un art que je maîtrise finalement assez mal, sachant que mes dernières oeuvres remontent à la maternelle (pâte à modeler) et au club Mickey (château avec douves en communication avec la mer).  Et puis, je ne sais pas pourquoi, je me suis laissé tenter, non que j'aie quoi que ce soit à écrire en dehors des lettres au Trésor Public et à France Télécom, mais seulement et uniquement parce que je n'ai absolument pas le temps d'écrire. J'ai en effet cette habitude de remettre au lendemain l'urgent et au surlendemain le très urgent pour consacrer des heures, voire des journées à l'inutile. Pour qu'un jeu m'amuse, il faut qu'il n'y ait aucun enjeu. Pour qu'un travail me passionne, il faut que j'oublie qu'il est ennuyeux, ce qui est somme toute assez facile : il suffit de faire les choses dans le désordre, de commencer par la fin et de finir au début, de rendre les choses sérieuses idiotes et de faire des bêtises sérieusement. Etc. Où en étais-je ? Donc puisque je n'ai absolument pas le temps d'écrire un dernier texte avant la route, et que de toute façon, je ne peux pas m'en empêcher, je vais tout simplement écrire un texte très simple, très court et très percutant, un proverbe de mon cru, par exemple.

Que pensez-vous de celui-ci ?
Au royaume des non-voyants, les malvoyants sont rois
Je vous vois venir. Pour vous, c'est tout vu: j'ai plagié. Disons que question proverbe, je ne suis pas très regardant.

Et cet autre ?
Il n'est pire malentendant que celui qui ne veut pas entendre.
En voilà un qui va faire du bruit.
Vous n'aimez pas ? Vous voulez que je baisse le volume ?
Comme ça ?
Il n'est pire malentendant que celui qui ne veut pas entendre.
Ca va mieux?

Et celui-ci:
Les grandes douleurs sont frappées de handicap verbal.
Les grandes douleurs, ça vous parle ? A moi, oui, heu, non.
Ca va sans dire, mais ça va mieux en le disant.

J'ai assez écrit. Je vous laisse. Il faut d'abord que j'aille au cinéma voir un film de pâte à modeler, puis danser nu sous la pluie glaciale de novembre, puis terminer toutes les choses moins urgentes que j'ai à faire, et seulement après, quand je serai parti, alors je pourrai faire ma valise.



Publié dans : Pensées subliminales
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Mercredi 28 octobre 2009
Voilà, c'est réglé, je pars le 9 novembre au sud du Sahara. J'ignore si cette proximité réelle du désert m'apportera l'inspiration qui me fait défaut en ce moment.

J'ai retrouvé les traces  d'Harmonium. Emotion intacte (surtout "En pleine face")
http://www.deezer.com/music/harmonium/les-cinq-saisons-259495?provider=website

Vous faites comme vous voulez, mais moi je l'ai mis en boucle...
Publié dans : Journal
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Mardi 20 octobre 2009
Sur un consigne impromptue...

— Les feuilles mortes se ramassent, Annabelle, …
— Attends un peu. Encore quelques secondes. Voilà. Ouh la, c'est du n'importe quoi, qu'est-ce qu'elle fait là cette Annabelle. ?  "Les feuilles mortes se ramassent à la pelle". C'est ça les vraies paroles !
— Ma mémoire me joue des tours. Espérons seulement que Prévert, qui avait de l'humour, aurait apprécié.
— Prévert ? Ah oui, c'est du Prévert. Connais pas. Ecoute ça: "Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?" C'est de la poésie aussi.
— Oui. Je préfère Annabelle.
— Tu es vieux jeu. "Et chaque fois les feuilles mortes te rappellent à mon souvenir, jour après jour les amours mortes n'en finissent pas de mourir".
— Gainsbourg. J'adore.
— Peut-être, je ne sais pas.
— Tu ne sais pas ?
— Non. C'est sorti dans les premiers. C'est de la poésie pertinente.   
— C'est Gainsbourg, … ta la la la  la
— Ca se chante ?
— Ben oui, ça se chante…
— Et ça : "Article 1er b) que les feuilles mortes devront être amassées au moyen de râteaux en bois et non autrement, et que la couche ne pourra nulle part être enlevée entièrement c) que l'enlèvement des feuilles mortes ne pourra se faire qu'à dos d'homme,…"
— Superbe, et ça c'était ?
— Un arrêté relatif à l'enlèvement d'herbes et de feuilles mortes dans les bois communaux du Grand Duché de Luxembourg daté du 19 octobre 1865. C'est beau non ?
— Le Luxembourg ! J'adore le Luxembourg.
— Et ce n'est pas fini: "Le râteau : droit ou courbe, il permet d’égaliser la surface du sol, de briser les mottes, de ramasser les mauvaises herbes coupées, les feuilles mortes, etc. On trouve des râteaux à dix, douze ou quatorze dents."
— Les dents m'en tombent.
— Et puis, pour la fin, ma poésie préférée : "Vends cause double emploi souffleuse-broyeuse de feuilles mortes Toro Ultra 350, 3 fonctions : souffle, aspire, broie, vitesse variable, pommeau de contrôle sécurisé, broyage en fines particules: 16 sacs de feuilles en un seul."
— Je suis soufflée.
— Je t'ai convaincue!
— Totalement.
— Fais toi implanter un moteur de recherche Internet au lieu d'encombrer ta mémoire de choses inutiles. Les neurochirurgiens font ça très bien, et pour briller en société, il n'y a pas mieux.

Publié dans : Impromptus
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Dimanche 18 octobre 2009
Publié dans : La vie dans le désert
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Mardi 13 octobre 2009
— Jeannot!
— Ouip'pa
— Viens voir ici
— Keskia
— T'a pas piqué mes pompes, par hasard ?
— Impossible.
— Fais gaffe quand même, je suis cool, mais y a des limites.
— J't'assure p'pa, j'ai pas piqué tes pompes. De toute façon du 38, même Clara elle peut pas les mettre.
— Jeeannnooot!
— Quoi encore?
— On dit pas "quoi encore" à son père. On dit pardon.
— Pardon ?
— T'as pas vu mon T-shirt Nypédé ?
— ??
— Mon tee shirt, tu sais celui que je mets pour courir avec mes lunettes de soleil de motard.
— Ah non je t'ai pas pris ton T-shirt. De toute façon, il est trop nul.
— Répète un peu tu vas en recevoir une.
— 'Ttention, tu parles à un élu.
— Attend un peu, j'chuis élu avant toi.
— …
— Et puis par n'importe quel élu.
— …
— Elu de Dieu
— Hein ?
— Nan, je déconne.
— Tu m'as fait peur.
— Et toi, qui t'as élu ?
— Les neuillais.
— Les neuds quoi ?
— Les neuillois ?
(il l'attrape par l'oreille).
— T'as droit à un dernier essai, sinon je te déchus de tes droits civiques.
— T'as pas le droit.
— Je vais me gêner.
— Les neuilliens ?
— Les neuilléens, fils de juriste de mes deux.
— D'abord on dit pas je te déchus.
— Fais pas ton intéressant.
— P'pa, tu sais que je vais présider les PAD?
— Ah bon ? Non je ne le savais pas. Première nouvelle. Bravo, mon garçon. Et tout ça sans piston ?
— Rien du tout.
— T'as eu un entretien ?
— Ils m'ont pris sur CV.
— Anonyme ?
— Bien sûr. J'ai juste mis la photo.
— Correct. Tu sais ce que tu vas faire au moins.
— Ben non, pas vraiment, mais comme il paraît que t'as présidé les PAD toi aussi, je me suis dit "si mon père l'a fait, pourquoi pas moi ?".
— T'as raison, franchement entre nous, y pas besoin de faire bac plus 5 pour faire ce boulot là.
— Ca tombe bien, j'ai que Bac plus 1
— C'est encore trop. Je t'explique. Il n'y a que 3 choses à connaître.
— C'est quoi ?
— Ah, bosse un peu, je vais pas te mâcher le travail, hé !
— Les dossiers ?
— Ah il est con celui-là, les dossiers, on croirait entendre ma femme.
— Bon, je t'explique parce que sinon, on va y passer la nuit. C'est où, les PAD ?
— A la Défense ? Je crois ?
— Très bien, la Défense, t'as vu comme c'est grand !
— C'est grand, mais j'y vais en roller. Ça déchire grave.
— T'y vas comme tu veux, mais tu sais où c'est, la salle de réunion ?
— Ah non!
— Alors tu vois, Monsieur je sais tout avec son bac plus 1.
— Je donne ma langue au chat.
— Le nom de la tour, l'étage, le numéro de la porte. Les 3 choses à savoir. Voilà.
— C'est tout ?
— C'est tout.
— Rien d'autre ?
— Si. Mais là, c'est la cerise sur le gâteau.
— C'est quoi ?
— Si tu me rends mes pompes, je te dirai aussi où sont les vécés.


Publié dans : Nikkko
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Lundi 12 octobre 2009
Ils nous compliquent la tâche (non, pas l'attache, Clau) chez les Impromptus, rogntudju. Ca vous inspire, vous, ce bac de noeuds ?


— Excellent acquisition cette paire de chaussettes vous avez vu c'est de très bonne qualité en fil d'Ecosse et au prix où c'est vous auriez eu tort de vous en priver je les recommande à tout le monde mais qu'est-ce que c'est que çaaaa!
La caissière essoufflée désigne le linge torsadé et tout mouillé que j'ai posé sur le tapis roulant.
Ca, à vrai dire, je ne sais pas ce que c'est, mais ça m'a plu. L'idée de vendre du linge mouillé dans un hypèregéant, j'ai trouvé ça génial.
— Ca mouille mon tapiiis.
— Désolé. J'ai pas trouvé de poche en plastique.
— Et vous l'avez trouvé oouùù ?
Elle me regarde de travers comme si j'étais un horrible pervers.
Je ne dis rien. J'observe la chose (ça ressemble aux serviettes chaudes que les hôtesses de l'air asiatiques t'obligent – avec un sourire sadique – à te coller sur la figure à 11000 mètres d'altitude. Sauf que c'est froid).
— On vend ça noouuus?
— J'opine.
— Vous ne savez pas s'il y avait une étiquette ou quooii?
— Je fais non de la tête.
— On va appeler Cathy, heiinn.
Elle appuie sur un bouton et Cathy arrive sur ses patins à roulettes. Je l'ai déjà croisée dans le magasin. Je trouve ça un peu infantile de faire ses courses en roller. Quand je lui ai dit, elle m'a répondu "et vous vous croyez que je ne vous ai pas vu faire la course en caddy avec votre copain le barbu ?".
Bref, Cathy arrive et me jette un sale regard. On ne faisait pas exactement la course. On voulait juste vérifier la qualité des roulements à bille.
— Monsieur a eu un accident de caddy ?
— Non c'est pour un prix.
La caissière lui tend l'objet pendouillant et dégouttant du bout des doigts (on dirait de grandes chaussettes de sport, mais c'est pas des chaussettes de sport)
— Pas de code barre ?
— Pas de code baaarre.
— C'est un monde, ça. Et ça vient d'où ?
Deux regards convergent vers moi. Un feu nourri de DCA ne m'aurait pas fait plus d'effet.
— Je l'ai pris dans le bac de nœud.
— Le bac de nœud ?
— En tête de gondole, au rayon blanc.
— Tu connaissais ça, Cathy, le bac de nœuuud ?
— En deux ans de patins à roulettes, 70 km de rayons par jour, jamais vu un truc pareil. Monsieur est en train de se moquer de nous.
— Allez voir vous-même ?
Elle part à fond la caisse. Cathy, c'est une pro du démarrage. Elle doit les user, ses patins. Pendant ce temps là, Melinda (c'est écrit sur son badge) sort une petite pancarte. Caisse fermée.
— Vous fermez ?
— Tapis mouillé. On attend que ça sèche.
— Ah… tapis mouillé.
Cathy arrive de nulle part, la mine déconfite.
— Pas de doute. Il y a bien un bac de nœud. Mais ça vient pas de chez nous. Vous ne pouvez pas acheter ça.
Ah… Refus de vente.
Du haut de mes trois premières années de droit, je brandis la menace de sanctions pénales. J'imagine la cour d'Assises en émoi et le juge en robe clamant : "faites mander le nœud du bac"(*).
Melinda empoigne son téléphone.
— Sécurité en caisse 8.
Ca résonne dans le magasin. Des types arrivent avec des écouteurs dans les oreilles et un chien de berger allemand, lui aussi, je crois, avec des écouteurs.
— Veuillez me suivre s'il vous plaît.
Ah ça y est, nous y sommes, faute d'argument il ne reste que la brutalité policière. Je paye ma paire de chaussette et laisse mon linge humide (et si c'était une couche-culotte à l'ancienne ?). Je suis le chien en disant:
— Au revoir Cathy, au revoir Melinda.
Il ne m'ont pas gardé longtemps, heureusement.

Beaucoup plus tard, de nombreuses années après cet épisode, j'ai rencontré Cathy en ville. Elle semblait beaucoup plus petite (c'est fou ce que ça vous grandit, les patins).
Elle m'a reconnu tout de suite. On a échangé quelques banalités, mais on brûlait chacun de poser une question à l'autre. C'est pas facile de parler de ces choses-là après toutes ces années de chape de plomb lourde comme un serpillière humide sur nos consciences de consommateurs. Elle se lança la première.
— Comment vous avez fait?
— Comment j'ai fait ?
— On m'a dit que vous étiez capable, départ lancé, de faire cinquante mètres en roue libre sur un caddy plein sans toucher les rayonnages.
— On avait une burette d'huile dans la poche. On graissait les roues. Et on équilibrait le caddy…
Son visage s'éclaira. Ma réponse la satisfaisait. Je tentai:
— Et le bac de nœud? Il venait d'où le bac de noeuds ?
Elle me regarda bizarrement comme si j'étais demeuré.
— Le bac de nœud ?
— Vous vous souvenez de ce grand bac en tête de gondole avec du linge humide torsadé ?
— Ah ... le bac de nœud. Euh, je sais pas. On l'a gardé pendant une semaine et comme personne n'est venu le réclamer, on a tout foutu à la poubelle.



(*) Il fallait bien que quelqu'un la fasse…




Publié dans : Impromptus
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Dimanche 11 octobre 2009
Je fais toujours le même rêve depuis que je suis petit. Si je parle de MON rêve, c'est parce qu'il m' a rendu une visite il y a deux nuits et que ça méritait bien un petit texte.
 
Dans MON rêve, je vole. Enfin, pas exactement. Je m'arrache à la pesanteur et je m'élève, un peu comme si E.T. pointait son doigt sur moi et m'envoyait en l'air. Cela peut prendre de multiples formes. Je marche, je prends mon élan, je ne retombe pas; je suis à vélo et je pédale tellement fort que ma roue décolle; je suis allongé sur le ventre et je sens un truc dur dans le dos, c'est le plafond et en bas c'est rigolo. 
Ce rêve est un rêve de rêve car il me procure un plaisir intense, mais comme tout rêve, il débarque quand ça lui chante, et comme tout rêve, il disparaît et me laisse un souvenir qui s'estompe avec le temps. A chaque réveil, je n'ai de cesse de retrouver l'image et la sensation de cette jubilation et je n'en ai que la trace gluante.
Lorsque j'étais enfant, mon rêve durait longtemps et j'y croyais tellement que ma déception au réveil était terrible. Maintenant, c'est différent. Ca se passe plutôt comme ça :
Cerveau droit : je lévite, regardez les gars, je lévite. Le pied !
Cerveau gauche : oui, c'est ça. Tu rêves mon coco.
Cerveau droit : cette fois, ce n'est pas un rêve. D'ailleurs, Machin est à côté de moi, il m'a vu voler. Pas vrai Machin ?
Machin : aucun doute cette fois. C'est du dur. Du Guinness book tout craché, si je mens je vais en enfer. D'ailleurs j'ai amené un huissier avec moi qui va pouvoir constater la chose et le clamer à la terre entière. "Gino lévite".
Cerveau gauche : eh Machin, montre moi tes papiers. Carte d'identité, numéro de sécu et tout le bazar.
Cerveau droit : eh meeerde encore raté. Te réveille pas Gino. Keep the Magic.
Gino : Trop tard.

J'attends tout de même le prochain avec impatience. On ne sait jamais.


Publié dans : Journal
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Mardi 6 octobre 2009
Donc, je disais : Ginette a 20 ans

C'est bien. C'est même très bien. J'attendais ce moment depuis on va dire une vingtaine d'années pour arrondir. Je vais pouvoir  enfin me débarrasser de ma pile de journaux poussiéreux achetée à sa naissance. Et puis, avec sa beloved mother,  on va ouvrir le champagne et on va trinquer à sa santé. Je te préviens tout de suite : on va avoir une petite larme à l'oeil, le genre de larme qui vient tout seul sans prévenir, même qu'on se demande si les autres l'ont remarqué, alors on hésite entre faire sécher en battant très fort des paupières  et passer le dos de la main très discrètement en regardant ailleurs  car il n'est pas question de sortir le mouchoir, on n'est pas des lavettes.

Ginette, c'est la petite dernière chez les Gordon (;o). Elle a de l'humour, elle tousse (de temps en temps), elle fait du  jonglage et de la gravure sur soie, accessoirement elle résout des équations aux dérivées partielles. Des fois, elle a les cheveux rouges. Personne n'est parfait.

Bon anniversaire Ginette, continue comme ça, c'est très bien (comme ça, juste comme ça...)

... mais c'est pas parce qu'on est à 10 000 km et qu'on se fait appeler Brasazut qu'il faut s'arrêter de mettre des commentaires sur le blog désertique de Gino.
:o)
Publié dans : Journal
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Dimanche 4 octobre 2009
— Mon ami, j'ai trouvé un cheveu noir dans la cuvette des toilettes de la salle de bains
— Un cheveu noir. Hmm…
— Je trouve ça étrange, oui. Dois-je vous rappeler que vous n'avez rien sur le caillou.
— Prétendez-vous, ma chère, qu'un cheveu étranger s'est glissé dans la cuvette de Jacob Delafond ?
— Je prétends.
— Etes-vous certaine que c'est bien un cheveu ? Permettez-moi de vous rappeler qu'au delà de cinquante ans de vie, la végétation devient luxuriante partout, sauf près de la calotte polaire.
— Mon ami, je sais reconnaître un cheveu noir long et fin d'un tortillon crépu et grisonnant. Le premier est la hantise de la femme de ménage dont les doigts engoncés dans les gants de caoutchouc rose ont déjà bien du mal à attraper le balai de chiottes. Le second, bien que recroquevillé, est plus facile à évacuer, d'un coup de chasse (elle mime).
— Un cheveu noir, vous êtes sûre ?
— Ne faites pas l'innocent. Vous êtes pris sur le fait ou c'est tout comme. Où est-elle, cette traînée, que je lui administre un coup de boule ?
— Allons très chère, calmez-vous! Je vous assure que ma conduite est irréprochable. Pas la moindre catin, pas la moindre maîtresse depuis la fois où vous avez failli crucifier la gouvernante sur la porte de la grange, il y a bien de cela un mois.
— Alors expliquez-moi! Je vous donne une minute.
— Posez votre arme, ma chère. Il n'y a rien à expliquer. Le vent, peut-être. Le vent aura certainement fait envoler un cheveu. Il se sera posé sur l'un de nos vêtements et fini sa course dans ce lieu de solitude. Avec quoi croyez-vous que les oiseaux font leur nid ? Des brins de laine, de la mousse, des poils et des cheveux que le vent emporte sur des kilomètres.
— Le vent ne souffle pas dans nos vécés. Nous avons des principes chez les Montalent. Mais il pourrait vous souffler dans les bronches ou vous emporter la tête.
— Mais cessez donc de jouer avec le cran de sécurité. Après tout, ce n'est qu'un cheveu.
— C'est bien plus qu'un cheveu, c'est la mèche qui met le feu aux poudres (Elle le met en joue).
(Lui, calme). Etes vous sûre de ne pas avoir changé de bonne ?
Elle repose son revolver et se prend le front dans les mains.
— Suis-je idiote ? Bien sûr, où avais-je la tête? Après le décès d'Ingrid hier soir, j'ai embauché Mercédès, une  Andalouse.
— Vous voyez bien que vous avez tort de vous emporter. C'est certainement Mercédès qui aura laissé l'un de ses cheveux noirs dans la cuvette. Au fait de quoi est morte Ingrid ?
— Balle dans la tête. Un horrible suicide.
— C'est bien triste.
— Terrible! Veuillez m'excuser mon ami, mais j'ai quelque chose d'important à dire à Mercédès.
— C'est à propos du cheveu ?
— Non non…
— Allons …
— Oui, c'est bien à propos du cheveu.
— Alors soyez aimable, ma chère, de ranger votre revolver. Un coup de feu est si vite parti. (après un court silence). Je vous accompagne. Je suis très curieux de voir cette Mercédès.

Publié dans : Impromptus
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Dimanche 20 septembre 2009
Discret retour littéraire, parce que je n'ai pas pu m'en empêcher...


— "Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient…", caressaient… Dis donc, ça caresse quoi des ongles effilés ?
— C'est pas les ongles qui sont effilés, c'est les doigts. Les ongles, ils sont soignés, pas comme les tiens.
— Alors, ça caresse quoi ?
— Un petit bouton.
— Un petit mouton ?
— Non, un bou-ton. Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient le bouton de… Madeleine.
— Tu trouves que c'est une bonne idée, un bouton ? Moi je trouve ça bizarre.
— "Caresse moi un bouton, caresse moi un bouton". Ca sonne bien non ?
— Mouais. Et le bas de laine ?
— Le bas de laine ?
— Le bas de laine de mouton.
— Le bouton de Madeleine.
— C'est pas pareil ?
— Non… Encore que…
— T'as une autre idée ?
— "Ses doigts aux ongles soignés caressaient le bas de laine effilé de la belle endormie".
— Comme dans la belle au bois dormant ? C'est beau.
— Superbe.
— Tu préfères quoi, toi, les bas ou le mouton ?
— Le bouton, pas le mouton.
— Le bouton. Tu préfères le bouton alors ?
— Ca dépend. Le bas c'est au début. Il ne se passe presque rien, juste un frôlement de l'ongle sur la maille. L'ongle doit être soigné, sinon la moindre aspérité lui fait accrocher le bas, et alors...
— Et alors ?
— Disons que ça part mal.
— Et le bouton ?
— Le bouton, c'est délicat. Parfois on peut. Parfois on peut pas. Et si on le caresse au mauvais moment, c'est là que le bât blesse.
— …
— OK. Je retire le bât.
— …
— Bon, je crois que c'est la dernière fois que je t'aide à faire ta rédac.
— Pff, de toute façon, les grandes sœurs, ça dit n'importe quoi.
Publié dans : Impromptus
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