— Et l’entrée ?
— L’entrée, comme vous pouvez vous douter est sous les balcons. Mais la porte est condamnée.
— Cette pierre est très belle, presque sensuelle !
— Le toucher de cette pierre sculptée avec amour est comme le grain d’une peau frissonnante lorsqu’un petit vent frais rappelle à la réalité les corps enlacés des amants.
— …
— Sachez que le dernier propriétaire de cette maison en a fait une description précise, avec des mots bien à lui. Une sorte de testament littéraire. Il a demandé que des passages en soient lus aux futurs acheteurs. Je ne fais que me conformer à ses dernières volontés.
— Peut-on entrer maintenant ?
— Je vous ai dit que la porte était condamnée. La visite doit obéir aux règles de l’amour, et pénétrer dans cette maison sans suivre ce protocole serait d’une grande inconvenance. Bien plus qu’une violation de propriété.
— Et vous-même, madame, quel rôle jouez-vous dans cette transaction ?
— Je ne suis rien d’autre que le jouet de votre imagination, un jouet que l’ancien propriétaire accepte de vous prêter le temps d’une visite. Allons dans le jardin. C’est un jardin à l’anglaise un peu touffu. L’épaisse végétation rend la circulation un peu difficile, mais… donnez-moi la main.
Je lui donne ma main quelle prend fermement. La sienne est douce et chaude. Elle m’entraîne dans un sentier envahi de ronces, presque en sous-bois. Elle me guide si bien que les épines m’effleurent à peine. Nous arrivons après cinq bonnes minutes de piétinement et de ruses, à une clairière minuscule qui sent l’herbe coupée. La pelouse est rase. Comment peut-on tondre l’herbe dans cet endroit, je l’ignore.
— C’est ici l’entrée de la maison, me dit mon étrange agent immobilier. Allongez-vous et fermez les yeux.
Je me sens en confiance. Après tout, qu’est-ce que je risque ? Je m’allonge. La dame s’allonge à côté de moi, sans rien dire. Sa main n’a pas lâché la mienne, comme si elle craignait de me perdre – de perdre un acheteur potentiel, pensé-je fugacement -. Je sens son parfum léger de muguet, à moins que ce ne soit le muguet du sous bois. Je sens son bras contre le mien.
— Vous n’avez pas d’autres citations ? brisé-je le silence…
Elle ne m’a pas répondu. Je tourne légèrement la tête et je vois sa poitrine se soulever doucement au rythme de sa respiration. Je relâche la main et me redresse lentement. Sa chemise est légèrement ouverte. J’écarte l’échancrure et j’embrasse le petit triangle de peau. Un petit vent frais le fait frissonner, à moins que ce ne soit le contact de mes lèvres. J’éprouve soudain une terrible envie de visiter la maison.
— Vous êtes vous endormi ?, me dit-elle.
— Non.
— Alors c’est parfait. Ne cherchez plus à dormir. Puis elle ajoute : vous pouvez entrer maintenant !
— Comme ça ?
— Non. Pas comme ça. Justement.
Il me faut une bonne heure, à force de tâtonnements, d’essais et d’erreurs, de rebuffades et d’invitations, avant de trouver la clé. Je fais jouer le pêne plusieurs fois et j’entends le long gémissement rauque d’une porte qui s’ouvre.
J’entre.
Il fait très bon dans cette maison. L’air y est doux et parfumé. Les couleurs sont entre l’orangé et le rouge. Les boiseries sont recouvertes de feuilles d’or. Le parquet à chevrons en bois de rose ondule sous mes pieds nus. Je la parcours dans tous les sens, visite chaque recoin. La lumière est vive dans la grande chambre. Deux portes-fenêtres ouvrent sur un balcon qui surplombe le jardin. Je caresse les moulures de la pierre qui gémit. Je me penche et je ne vois plus personne dans le petit carré d’herbe coupée.
Elle respire lentement. Peut-être s’est-elle endormie ? Je sors en fermant la porte doucement pour ne pas la réveiller.
Je reviendrai demain pour une nouvelle visite.


Ancora una foto di Ben (mio fotografo preferito)
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